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CAPET bac+3 et troisième concours : le sujet 2026 d'analyse de situations d'organisations, lu par une ancienne membre de jury

Deux sujets existent pour l'épreuve d'analyse de situations d'organisations : le sujet zéro de mai 2025, le cas Raugi, un glacier corse, et le sujet de la session 2026, le cas Délicieusement Vôtre, une chocolaterie alsacienne.

Le rapport du jury du CAPET bac+3 2026 n'est pas encore en ligne, et je n'ai trouvé aucun corrigé publié. Ce sujet 2026 est pourtant le texte que liront de près deux publics en 2027.

Le premier, ce sont les candidats au CAPET externe bac+3 : c'est leur écrit 2, cinq heures, coefficient 3. Le second, ce sont les candidats au troisième concours du CAPET, pour qui la même épreuve devient à partir de 2027 l'unique écrit d'admissibilité, avec un coefficient 5 (épreuves annoncées par le ministère, texte en cours de publication au Journal officiel).

Même libellé, même durée, même note éliminatoire à 5. Aucun sujet du troisième concours n'existe encore à ce format : Raugi et Délicieusement Vôtre, qui portent l'en-tête du bac+3, sont tes seuls modèles.

Ce qui suit est ma lecture du sujet, avec mon regard d'ancienne membre de jury CAPET.

Elle ne remplace pas un corrigé officiel et il n'y en a pas : le rapport du jury, quand il paraîtra, pourra apporter des attendus que je n'ai pas.

Le sujet en une page

Dix-neuf pages, dix-huit documents, trois dossiers et une question de synthèse, cinq heures. Et une ligne à lire avant tout le reste : l'usage de tout matériel électronique, calculatrice comprise, est interdit. Tous les calculs se font à la main.

Le cas : Délicieusement Vôtre, chocolaterie familiale fondée en 1973 à Obernai par un maître chocolatier, trois boutiques en Alsace, 76 salariés en CDI, trois apprentis et environ 70 saisonniers aux périodes de pointe. L'entreprise fabrique de la fève à la tablette, lance une gamme de pâtes à tartiner et veut ouvrir d'autres points de vente, au risque de perdre la main de la famille.

Les trois dossiers :

  1. Un modèle d'affaires confronté à des incertitudes (documents 1 à 10) : création de valeur, environnement, sources d'avantage concurrentiel, conséquences de l'intelligence artificielle.

  2. Des perspectives de croissance liées à un repositionnement commercial (documents 11 à 13) : équilibre financier, coût et rentabilité d'une nouvelle pâte à tartiner, la Pata'Pétillant, positionnement et communication.

  3. Un impératif de mobilisation interne pour grandir durablement (documents 14 à 18) : modes de coordination, risques en ressources humaines, solutions RH.

La problématique est donnée, deux fois

Premier réflexe à prendre : ne pas chercher à inventer une problématique. Le sujet la pose dès le contexte, « Comment l'entreprise peut-elle concilier un impératif de qualité et une expansion souhaitée ? », puis la reformule dans la question de synthèse : concilier « exploitation de ses savoir-faire traditionnels et développement stratégique ».

Le mot « exploitation » n'est pas là par hasard. Le document 18, le dernier du dossier, présente l'ambidextrie organisationnelle : March en 1991, puis O'Reilly et Tushman, qui opposent l'exploitation des savoir-faire existants à l'exploration de nouvelles activités, et décrivent deux façons de les faire coexister, par des unités séparées ou par une culture commune. Le sujet te donne donc le concept qui organise toute ta copie. Une copie qui ne découvre ce document qu'à la synthèse passe à côté du fil qui relie les trois dossiers : la qualité et le savoir-faire d'un côté, la pâte à tartiner, l'IA, les nouvelles boutiques et le projet de plantations de l'autre.

Concrètement, garde cette tension en tête dans chaque dossier, et fais-la apparaître dans les conclusions de chaque partie. La synthèse n'a plus alors qu'à la rassembler.

Dossier 1 : quatre questions, quatre notions à nommer

1.1, la création de valeur. Décrire les produits ne répond pas à la question : il faut montrer comment chaque élément crée de la valeur. La chaîne de valeur de Porter permet de montrer où l'entreprise crée de la valeur (maîtrise de la fève au produit fini, conseil en boutique), et la notion de proposition de valeur relie l'offre, les services et les canaux de distribution à ce que le client paie plus cher.

1.2, l'environnement. Un PESTEL ou une analyse des forces concurrentielles, à condition de hiérarchiser. Les documents donnent de quoi faire : la saisonnalité (Noël et Pâques pèsent la moitié des ventes), la grande distribution qui capte 85 % des volumes, l'envolée du cours du cacao, la réglementation et le cadmium relevé par l'UFC-Que Choisir. Un tableau opportunités et menaces, classé par importance pour cette entreprise, vaut mieux qu'une liste exhaustive.

1.3, les sources d'avantage concurrentiel. Distinguer une force d'un avantage concurrentiel durable. Les ressources rares et difficiles à imiter sont dans le dossier : le titre de maître chocolatier, le savoir-faire intégré, l'ancrage territorial, la relation directe avec les plantations.

1.4, l'intelligence artificielle. Opportunités et risques, sur le fonctionnement de l'entreprise et pas sur l'industrie en général. Le contexte signale déjà une surcharge d'informations (logiciels, boîte partagée, groupes WhatsApp, cloud) dont les salariés se plaignent. Ajouter des outils sans organiser l'information aggraverait ce problème, et c'est l'occasion de préparer le dossier 3.

Dossier 2 : les chiffres, sans calculatrice

2.1 et 2.2, l'équilibre financier. Le document 11 fournit le bilan fonctionnel et deux ratios à utiliser. Mes calculs :

Le piège, c'est de conclure à une excellente santé financière et de s'arrêter là.

Le bilan dit autre chose aussi : une trésorerie qui représente plus de la moitié du total du bilan et qui dort, un résultat qui passe de 757 958 € à 300 456 € en un an, un chiffre d'affaires en léger recul, et des immobilisations corporelles amorties à près des deux tiers, donc un outil de production qui vieillit.

Les avantages et les limites de la question 2.2 sont là : l'entreprise peut financer seule ses ouvertures de boutiques, mais sa rentabilité s'effrite et son argent ne travaille pas.

2.3, la Pata'Pétillant. Le calcul du coût complet se fait en trois temps : les charges directes par pot, le coût des unités d'œuvre de chaque centre, puis l'imputation aux 12 000 pots.

Mes résultats (voir tableau ci-dessus) :

  • charges directes : 2,57 + 1,14 + 1,44 de main-d'œuvre (3,6 minutes à 24 € de l'heure), soit 5,15 € par pot ;

  • coûts d'unité d'œuvre : 2,92 € par kilo de matières, 55,32 € par heure machine, 28,82 € par heure de conditionnement, 1,44 € par 100 € de chiffre d'affaires ;

  • charges indirectes pour la production vendue : 8 760 + 23 234,40 + 8 646 + 1 641,60, soit 42 282 € ;

  • coût de revient : 104 082 €, soit 8,67 € par pot, pour un prix de vente de 9,47 € hors taxes ;

  • marge unitaire de 0,80 €, résultat de 9 558 €, taux de marge d'environ 8,4 %, très loin des 25 % de la gamme.

Deux remarques qui font gagner des points.

L'énoncé demande un « coût complet unitaire de production » : sans le centre distribution, le coût de production est de 8,54 € ; avec lui, on obtient le coût de revient.

Dis lequel tu calcules et pourquoi, le sujet invite d'ailleurs à formuler tes hypothèses.

Ensuite, le sujet contient de quoi vérifier ton résultat : dans la présentation de la gamme, la Pata'Pétillant affiche un taux de marge de 9 %.

Si ton calcul tombe loin de là, reprends-le avant de passer à la suite.

La conclusion ne peut pas être « le produit est rentable, donc pertinent ».

À 9,99 € les 250 grammes, il revient plus cher au kilo que toutes les références du tableau de marché, y compris celle de Cyril Lignac, et il dégage la plus faible marge de la gamme.

Sa pertinence se discute : produit d'appel qui attire une clientèle plus jeune, innovation qui entretient l'image, ou produit à repositionner (prix, coût d'approvisionnement, volumes).

2.4, la communication. Une cible précise, des canaux que l'entreprise utilise déjà (Instagram, YouTube, newsletter, boutiques), des actions datées et chiffrées si possible. Une liste de réseaux sociaux ne constitue pas un plan de communication.

Dossier 3 : grandir sans perdre le savoir-faire

3.1, les modes de coordination. Mintzberg s'impose : l'ajustement mutuel et la supervision directe d'une structure familiale, la standardisation des procédés imposée par l'hygiène, et ce que la croissance rend nécessaire, la standardisation des qualifications et des normes pour que plusieurs boutiques travaillent de la même façon. Le document 14, sur le réseau social d'entreprise de Marie Blachère, sert à discuter une solution, avec sa limite : dans une entreprise déjà noyée sous les messages, un outil de plus ne règle rien sans règles d'usage.

3.2, les risques RH. Les données sont dans le document 16 : âge moyen de 49 ans, 45 % des salariés de 50 ans et plus, huit départs à la retraite d'ici cinq ans, surtout des techniciens de production et des responsables d'équipe, heures de formation en baisse (13, 12, puis 8 par salarié), jeunes diplômés tentés par la Suisse, 70 saisonniers à former chaque année. Le risque majeur est la perte d'un savoir-faire qui ne s'écrit pas, celui qu'ont appris sur le tas les salariés les plus anciens.

3.3, les solutions. Réalistes pour une PME de moins de cent salariés : gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, tutorat et binômes entre anciens et jeunes (y compris dans l'autre sens pour le numérique), formalisation des recettes et des procédés, intégration des saisonniers, attractivité face aux salaires suisses. Chaque solution se relie à la croissance souhaitée.

La synthèse : là où la copie se démarque

La question de synthèse est absente du sujet zéro.

Sa présence en 2026 dit quelque chose de ce que le jury veut lire : une réponse argumentée qui rassemble les trois dossiers, et qui ne les résume pas.

Avec le document 18, la réponse s'organise d'elle-même : ce que l'entreprise doit protéger (qualité, savoir-faire, identité familiale), ce qu'elle doit explorer (pâte à tartiner, IA, nouvelles boutiques, plantations), et les conditions qui permettent de tenir les deux : une trésorerie qui finance l'exploration, une transmission des savoir-faire qui protège l'exploitation, une coordination qui passe à l'échelle.

Cinq heures sans calculatrice : ma répartition

Le barème n'est pas publié, c'est mon expérience qui te met des durées types, mais chacun a son propre rythme, avec ses propres points forts et d'autres plus fragiles (rédaction, synthèse, analyse, calculs...). Voici la répartition que je conseille, au poids apparent des questions :

  • 40 minutes de lecture du sujet entier et de repérage des documents, problématique notée en haut de ton brouillon ;

  • 70 minutes pour le dossier 1 ;

  • 80 minutes pour le dossier 2, dont les calculs posés à la main ;

  • 60 minutes pour le dossier 3 ;

  • 35 minutes pour la synthèse ;

  • 15 minutes de relecture.

Si tu dois sacrifier quelque chose, ne sacrifie pas la synthèse.

Un extrait de ma grille, question 2.1

Voici comment je lis une réponse à la question sur l'équilibre financier, en quatre niveaux :

Pour le troisième concours, une conséquence à tirer dès maintenant

Si tu passes le troisième concours en 2027, ton écrit ne ressemble plus du tout à celui des sessions précédentes : les annales du troisième concours de 2022 à 2026 ne te servent plus pour l'écrit, seulement pour l'oral. Ton entraînement passe par Raugi, Délicieusement Vôtre, et des sujets inédits construits sur le même modèle, au niveau licence. Avec un coefficient 5 et une seule épreuve écrite, il n'y a pas de rattrapage possible sur un autre écrit.

Pour aller plus loin

La formation CAPET bac+3 et troisième concours 2027 démarre la semaine du 12 octobre. Pour l'analyse de situations, elle comprend une phase intensive en direct du 30 novembre au 6 décembre, le sujet Délicieusement Vôtre en premier entraînement pour le troisième concours, deux sujets inédits corrigés en décembre et en février, et le concours blanc des 16 et 17 janvier.

La formule Accompagnée est à 690 € jusqu'au dimanche 11 octobre, puis à 790 €.

Pour l'écrit 1 du bac+3, deux sujets corrigés sont disponibles à l'unité, avec leur grille à niveaux, 29 € le sujet ou 49 € les deux.

Et pour les épreuves et les conditions d'accès de chaque voie : les pages CAPET externe et troisième concours.

Nadège Gorek Agrégée éco-gestion, ancienne membre de jury CAPET, formatrice prépa concours nadegegorek.com

Sources : sujet de la seconde épreuve d'admissibilité du CAPET et du CAFEP externes bac+3, section économie et gestion, session 2026 ; pages des épreuves du CAPET externe bac+3 et du troisième concours du CAPET, devenirenseignant.gouv.fr, consultées le 20 septembre 2026. Calculs de l'auteure, à confronter au rapport du jury dès sa parution.

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